Optimiser ou grandir ? Pourquoi l'efficacite ne fait pas toujours avancer
Cet article est base sur une chronique parue a l'origine dans un magazine professionnel neerlandais de l'assurance present depuis plus de 89 ans.
Quand l'efficacite devient la reponse par defaut
Je me suis assis dans beaucoup de salles de conseil ces deux dernieres annees et demie, de l'autre cote de la table par rapport a ou je m'asseyais auparavant. Et il y a un schema qui se repete : quand on parle de technologie, la conversation derive vers l'efficacite en environ quatre-vingt-dix secondes. Traitement plus rapide. Cout par police plus bas. Moins d'etapes manuelles. Tout cela est sense. Tout cela est mesurable. Tout cela est a cote du sujet.
Je le dis avec une certaine autorite, parce que j'ai passe pres de vingt ans a faire exactement la meme chose. Quand je dirigeais mon propre MGA, nos moments les plus fiers concernaient generalement la vitesse : a quelle vitesse nous pouvions integrer un client, avec quelle proprete les renouvellements se deroulaient, combien peu d'erreurs nous commettions. Et nous etions bons. Nous etions aussi, je le realise maintenant, spectaculairement bons pour ne mener nulle part en particulier.
Un rapport KPMG du debut de cette annee a mis un chiffre sur quelque chose que je sentais depuis un moment : environ 84 pour cent des assureurs voient maintenant l'IA principalement comme un moteur de croissance commerciale, pas seulement comme un outil d'efficacite. Ce chiffre m'a surpris, honnetement. Pas parce qu'il est eleve, mais parce qu'il suggere que la prise de conscience se generalise enfin.
La difference entre maintenir et grandir
Voici ce que j'ai appris en travaillant avec des courtiers ces deux dernieres annees, et c'est quelque chose que j'aurais aime que quelqu'un me dise plus tot : "optimisation" est souvent un mot tres confortable pour "ne pas prendre de decisions difficiles". On optimise ce qu'on a. On n'est pas oblige de se demander d'ou la croissance va reellement venir, ou quelles parties de votre portefeuille perdent silencieusement de la valeur.
Les questions difficiles sont celles qui comptent. Qui est susceptible de partir au prochain trimestre ? Quels clients diraient oui a une couverture plus large si quelqu'un leur posait la question au bon moment ? Quels segments sur-servez-vous par rapport a ce qu'ils apportent ? Nous avons vu les reponses a ces questions sur des dizaines de portefeuilles maintenant, et elles sont presque toujours surprenantes. Les clients pour lesquels les cabinets s'inquietent le plus sont rarement les plus a risque. Les opportunites de croissance se cachent generalement dans des segments auxquels personne ne prete attention.
Un usage legerement different de la technologie
Le changement qui compte n'est pas du manuel au digital -- ce navire est parti il y a des annees. C'est du retrospectif au prospectif. Une technologie qui vous dit ce qui s'est passe au dernier trimestre est utile. Une technologie qui vous dit ce qu'il faut faire mardi prochain est une chose fondamentalement differente. Et cette distinction, qui parait evidente quand on la dit a voix haute, s'avere genuinement difficile a mettre en pratique.
De l'insight a l'action
J'avoue : j'ai developpe une legere allergie aux dashboards. Pas parce que la visualisation de donnees est mauvaise -- elle ne l'est pas -- mais parce que notre secteur a confondu regarder les donnees et agir sur elles. J'ai vu des cabinets avec de magnifiques dashboards et des portefeuilles totalement statiques. A un moment donne, il faut appeler les choses par leur nom : du papier peint couteux.
Ce qui fait reellement bouger les choses, c'est une alerte au bon moment. Pas un graphique, mais un signal : le renouvellement de ce client est dans six semaines, son profil de risque a change, voici ce dont il faut discuter. Nous avons vu des conseillers passer de l'ignorance totale des donnees a leur utilisation quotidienne -- mais seulement quand elles arrivaient sous forme de decision, pas de rapport. C'est l'une des choses qui nous a le plus surpris.
Ou la valeur emerge generalement
Les moments qui creent une vraie valeur sont etonnamment specifiques. Une conversation trois semaines avant qu'un client n'allait partir -- parce que le signal etait la si on savait ou regarder. Une suggestion pertinente de couverture plus large qui marche parce qu'elle est basee sur ce qui a reellement change dans la situation de quelqu'un, pas sur une campagne generique envoyee a tout le monde. Une vision claire des clients qui generent la rentabilite a long terme, afin que les conseillers passent leur temps la ou cela compte.
Rien de tout cela n'est revolutionnaire. Mais le faire de maniere coherente, sur l'ensemble d'un portefeuille, chaque semaine -- c'est la partie difficile. Et la partie qui fait reellement la difference.
Reflexion finale
L'efficacite fait tourner les choses. La croissance vient du fait de savoir ou diriger. J'ai passe les vingt premieres annees de ma carriere a devenir tres bon au premier. Les deux dernieres annees et demie ont consiste a apprendre le second. J'apprends encore, honnetement. Mais au moins je sais quelle question je devrais me poser.