Intuition ou donnees ? Pourquoi le conseil evolue lentement au-dela de l'instinct
Cet article est base sur un travail anterieur paru, sous une forme adaptee, comme article de fond dans la presse professionnelle neerlandaise de l'assurance.
Une conversation qui revenait sans cesse a la meme question
Je me suis assis avec quatre personnes qui voient chacune le monde du conseil en assurance sous un angle different : Marcel van Dijk de MarshBerry, qui passe ses journees a analyser les valorisations et les schemas de croissance des courtiers ; un principal d'un cabinet de courtage Top-10, qui vit au quotidien la gestion des relations clients ; Milco Poppe de Yellow Hive, qui reflechit au marketing et aux parcours clients ; et Erik de Voogd, qui a cree et vendu un cabinet de courtage et investit maintenant dans le secteur.
Je m'attendais a ce que la conversation parte dans plusieurs directions. Au lieu de cela, elle revenait sans cesse a une question : combien de temps pouvons-nous encore nous fier uniquement a l'instinct ?
L'instinct a toujours fait partie du metier
Personne autour de la table ne rejetait l'intuition. Bien au contraire. Chaque conseiller experimente possede ce sixieme sens -- la capacite de lire un entretien client, de sentir quand quelque chose ne va pas avant que les chiffres ne le confirment. Le principal du cabinet l'a bien formule : cette intuition se gagne au fil des annees et elle a une reelle valeur.
Mais Marcel a dit quelque chose qui m'est reste. Il a une visibilite sur des centaines de cabinets de courtage a travers MarshBerry, et ce qu'il observe est un ecart croissant entre le comportement des clients et la maniere dont la plupart des cabinets sont organises pour y repondre.
Les clients font des recherches en ligne avant d'appeler. Ils comparent. Ils s'attendent a ce que vous connaissiez leur situation sans avoir a tout reexpliquer a chaque fois. L'ancien modele -- attendre que le telephone sonne, faire du bon travail, esperer qu'ils reviennent l'annee prochaine -- fonctionne encore, mais la marge d'erreur est plus mince.
Le marketing prend une place centrale
Erik s'est recule a ce moment et a dit quelque chose qui a surpris quelques personnes autour de la table : "Le role du marketing n'a jamais ete aussi important qu'aujourd'hui." Venant de quelqu'un qui a construit un cabinet de courtage prospere sans grande fonction marketing, cela avait du poids.
Son argument etait simple. Si moins de clients vous trouvent par hasard -- par la reputation locale, le bouche-a-oreille, en passant devant votre bureau -- alors le parcours qui les amene a votre porte est determinant. Et la plupart des cabinets, il l'admet, ne sont pas encore tres bons dans ce domaine. Non pas par manque d'intention, mais parce que c'est un muscle qu'ils n'avaient jamais eu besoin de developper.
Les donnees entrent discretement, pas de maniere spectaculaire
Le principal a ete clair : il ne veut pas que ses conseillers passent leur journee a fixer des tableaux de bord. Ce qu'il veut, c'est qu'ils entrent dans un entretien client en sachant des choses qu'ils n'auraient pas su autrement. Un signal indiquant que le profil de risque d'un client a change. Un schema suggererant qu'une personne pourrait etre sous-assuree. De petites choses, mais le genre de choses qui transforment une revue de routine en une conversation qui compte reellement.
C'est ainsi que les donnees entrent, d'apres mon experience. Pas avec fracas, pas avec un programme de transformation et un comite de pilotage. Elles entrent comme un discret "saviez-vous que..." qui change la maniere dont un conseiller prepare un entretien.
Quand l'instinct et les donnees pointent dans des directions differentes
Milco a souleve ce qui etait selon moi le point le plus interessant de l'apres-midi. Il a decrit des situations ou un conseiller se sent parfaitement confiant dans une relation client -- tout semble stable, le client ne se plaint jamais, les renouvellements se font automatiquement -- mais les donnees racontent une autre histoire. Peut-etre que le client a demande des devis ailleurs. Peut-etre que son activite a change d'une maniere que la couverture actuelle ne reflete pas.
Ce sont ces moments ou les donnees prouvent leur valeur. Non pas en annulant le jugement du conseiller, mais en suscitant une conversation qui n'aurait peut-etre pas eu lieu autrement. Et parfois, cette conversation est celle qui sauve la relation.
Grandir vers une nouvelle facon de travailler
C'est encore le principal, et je pense qu'il a raison. Les cabinets qui essaient d'imposer un fonctionnement fonde sur les donnees par le haut -- nouveau systeme, adoption obligatoire, revues KPI hebdomadaires -- obtiennent la conformite sans la conviction. Les conseillers font ce qu'on leur demande, mais l'analyse ne change pas leur comportement.
Ce qui fonctionne mieux, d'apres ce que nous avons vu dans notre propre clientele, c'est de commencer petit. Une equipe, quelques clients, une poignee de signaux qui prouvent leur valeur. Quand un conseiller constate qu'un appel suscite par les donnees conduit effectivement a un meilleur resultat -- un client retenu, une vente croisee pertinente, une conversation qui comptait -- il n'a pas besoin qu'on lui dise de le refaire. Il le fait spontanement. Ce schema s'est repete dans chaque implementation que nous avons realisee. La technologie n'est jamais le frein. C'est la conviction.
Reflexion finale
Personne autour de cette table n'a suggere que l'instinct est obsolete. Ce serait absurde -- et faux. Mais il y avait une reconnaissance partagee que l'instinct seul devient de plus en plus difficile a maintenir. Non pas parce que les conseillers sont devenus moins bons dans leur travail, mais parce que le contexte dans lequel ils operent est devenu plus complexe, plus rapide et moins tolerant envers les angles morts. Les donnees ne remplacent pas la competence humaine. Elles lui fournissent de meilleurs materiaux pour travailler.
Trois ans apres le debut de la construction d'Onesurance, c'est probablement la chose dont je suis le plus certain. Et je le dis en tant que quelqu'un qui a construit toute sa carriere presque exclusivement sur l'intuition.